jeudi 24 juillet 2008
Des ponts, pas des murs. Appel à la mobilisation !
Les 13 et 14 octobre, le conseil des ministres de l’Union européenne se réunit à Paris pour adopter un « pacte européen sur l’immigration et l’asile ». Par ailleurs, après une première réunion à Rabat en 2006, la deuxième conférence interministérielle euro-africaine en matière de migration et développement se déroulera à Paris les 20 et 21 octobre 2008.
La France entend proposer à ses homologues européens l’adoption d’accords de « gestion concertée des flux migratoires et de co-développement » comme modèle de négociation par lesquels d’une part, elle fait la promotion d’une immigration choisie, d’autre part, elle demande aux pays du Sud de réadmettre leurs ressortissants et ceux des pays tiers ayant transité sur leur territoire.
Préoccupés par le caractère essentiellement sécuritaire du traitement des flux migratoires, entraînant des milliers de morts, et par les choix économiques mis en oeuvre qui maintiennent le continent africain en marge du développement, les organisations signataires font appel à la mobilisation pour faire entendre la voix des sociétés civiles européennes et africaines.
Il est grand temps que la question des migrations et du développement soit réellement pensée sous l’angle des intérêts mutuels : ceux des pays d’origine, des pays de transit, des pays d’accueil et surtout, ceux des migrants eux-mêmes.
Nous voulons une autre Europe que celle qui se transforme en forteresse et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l’accès à son territoire et expulser les sans-papiers. Nous refusons la systématisation des centres de détention et de l’éloignement forcé.
Dans la continuité de la première conférence non gouvernementale euro-africaine « migration, liberté de circulation et droits fondamentaux »,
Les 17 et 18 octobre nous appelons à une mobilisation de grande ampleur à Paris, pour une autre conception de l’immigration et un autre rapport entre l’Union européenne, l’Afrique et le reste du monde. Nous tiendrons la deuxième conférence non gouvernementale euro-africaine, une grande manifestation pour une autre politique européenne et un concert géant.
pour signer l’appel : contact@despontspasdesmurs.org
Maintenant et ensemble construisons une autre Europe !
Le « non » irlandais au Traité de Lisbonne constitue, après les « non » français et hollandais, le troisième revers sérieux subi par l’Europe libérale telle qu’accentuée par ces deux traités identiques sur le fond. Il faut en prendre acte.Cela suppose de respecter le choix des Irlandais mais aussi cette exigence démocratique minimale : dès lors qu’un pays rejette un traité européen il n’a plus d’existence légale et doit être déclaré éteint. C’est ce que prévoit d’ailleurs expressément feu le Traité de Lisbonne. Il ne peut donc pas être mis en œuvre. La volonté affirmée de poursuivre les ratifications n’à donc aucune légitimité. Elle constitue par contre un acte hostile insensé dirigé contre le peuple irlandais.
De même nous tenons à préciser hautement que si une manœuvre aboutissait à ajouter au Traité de Lisbonne un quelconque amendement « irlandais », alors s’appliquerait : « A nouveau texte, nouvelle ratification » partout, inclus en France. Dans ce cas nous n’accepterions pas d’être à nouveau privés de référendum.
Prendre acte de ces rejets, c’est aussi considérer qu’en Europe un courant populaire de fond en est à l’origine. Il faut donc travailler sans plus attendre, sous peine de paralysie et d’implosion, aux grandes orientations d’une alternative nécessaire pour que l’Europe soit enfin celle des peuples et du progrès, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Rassemblés indépendamment de nos appréciations sur ces traités rejetés, nous considérons que désormais la preuve incontestable est apportée : à vouloir faire l’Europe loin des peuples, hors les peuples et contre eux, c’est l’échec assuré et c’est l’idée même d’Europe qui est atteinte par manque d’adhésion populaire.
Nous voulons formuler les grandes lignes alternatives à l’Europe actuelle qui doit déboucher sur un autre traité réalisé en associant les peuples et leurs représentants dans un processus inédit de construction démocratique. Nous entendons commencer sans attendre.
Nous considérons que l’Europe sera sociale ou ne sera pas. Nous estimons que seule l’harmonisation sociale par le haut a du sens et qu’elle est seule de nature a susciter l’adhésion populaire. Aucune clause, d’aucune sorte, ne doit s’y opposer. L’Europe doit être un espace de progrès et d’égalité, elle doit être protectrice contre la mondialisation libérale qui met violemment les peuples en concurrence.
Nous considérons que l’Europe sera dégagée du dogme libéral ou ne sera pas. Nous estimons que la Banque Centrale Européenne et les politiques économiques doivent être mises au service du peuple à l’inverse des réalités d’aujourd’hui. Nous considérons que tout ne peut ni ne doit être marchandise et que les services publics doivent jouer un rôle majeur et accru afin de faire primer l’intérêt général et permettre un développement durable. De la sorte il sera possible de faire le choix effectif d’une croissance durable et écologiquement respectueuse de la nature.
Nous considérons que l’Europe sera un espace de paix et de solidarité ou elle ne sera pas. Pas plus que l’alignement sur les Etats-Unis ne garantit notre sécurité et le recul des armements, il ne peut aucunement constituer l’identité européenne dans un monde qui a besoin de paix, d’équilibre et de justice. De même, l’Europe sous emprise libérale conduit à la spoliation du Sud et à ces tragiques « émeutes de la faim ». Il faut entretenir des relations équitables, préférentielles et solidaires avec le Sud qui souffre à n’en plus pouvoir gémir.
Nous considérons que l’Europe sera démocratique ou bien ne sera pas. Il n’est pas acceptable, dans le monde moderne, que 27 personnes seulement, entourées d’une pléthore de technocrates, dictent le sort de 450 millions d’européens. Ces traités rejetés, rédigés dans d’obscurs cénacles, démontrent que cette conception conduit à une impasse. Il convient de donner un rôle accru au Parlement européen et aux parlements nationaux dans la conduite des affaires de l’Europe. Et il convient d’accepter enfin que les citoyens européens deviennent pleinement acteurs des décisions qui les concernent.
Pour faire valoir ces grandes orientations alternatives, non limitatives, nous en appelons à toutes et tous qui croient en l’Europe et qui veulent en faire un espace porteur d’une nouvelle civilisation humaine en son sein comme dans le monde qui en a tant besoin. L’Europe, en aucun cas, ne peut être un simple « copier-coller » des USA.
Nous en appelons aujourd’hui, et solennellement, à la mise en commun de toutes les idées et énergies pour qu’enfin l’Europe soit bien celle des peuples et cet espace aéré, respirable et libre agissant pour un monde nouveau. Ensemble, avec toutes celles et tous ceux qui soutiennent cette démarche démocratique, nous prendrons des initiatives appropriées en France et en Europe.
Pour signer la pétition, cliquez ici !
lundi 21 juillet 2008
Touches pas à la poste !
La direction de La Poste et le gouvernement ont confirmé qu’ils préparaient un projet d’ouverture du capital et donc de privatisation de La Poste.Les personnes soussignées, (postiers, usagers, élus, militants associatifs, citoyens...) :
- condamnent toute forme de privatisation de La Poste. Cela ne pourrait qu’entrainer une dégradation supplémentaire du service public postal, une accélération des fermetures de bureaux et des suppressions d’emploi sous la pression des exigences de rentabilité financière
- demandent l’organisation d’un débat public national sur l’avenir de La Poste, pour un service public postal de qualité, sur tout le territoire au service de la population
- appellent à se regrouper dans les localités, les départements et au niveau national pour prendre toutes les initiatives nécessaires pour faire échec à toute privatisation de La Poste.
Pour signer la pétition, cliquez ici
samedi 19 juillet 2008
Oeil pour oeil, passeport pour passeport !
Cette directive de la honte a été logiquement critiquée par de nombreux représentants d’Etat. Le président vénézuélien Hugo Chavez a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient cette directive. Le président bolivien Evo Morales a appelé les pays africains et latino-américains à combattre la directive qui "porte atteinte à la vie et aux droits des personnes". "Nous nous réservons le droit d'imposer aux citoyens européens les mêmes obligations de visas" écrivait-il alors. En Uruguay, dont plus de la moitié de la population est d'origine européenne, le Sénat a voté une motion rejetant un texte qui "constitue une violation des droits de l'Homme, notamment le droit à la libre circulation internationale". Le Brésil déplore une décision qui "contribue à créer une perception négative de l'immigration". "La question migratoire ne pourra être résolue de manière efficace que si elle est abordée en respect total des droits de l'Homme", souligne un communiqué officiel. Etc.
Hasard ? Le jour même de l’adoption de cette directive Vincent Vialard et Fabrice Valade, 33 ans, deux touristes français, se sont vus refuser l'entrée du territoire brésilien, pour "insuffisance de moyens de subsistance". Les deux touristes déclarent pourtant avoir présenté 400 euros en liquide et des cartes bancaires valides.
Œil pour œil, passeport pour passeport !
vendredi 18 juillet 2008
Sarkozy : "l'Europe nous a sauvé des socialistes"
Sarkozy : "l'Europe nous a sauvé des socialistes"
Vidéo envoyée par Napakatbra
http://www.LesMotsOntUnSens.com/sarkozy-congres-national-ump-quand-il-y-a-des-greves-discours-socialistes-communistes
Cette vidéo parle d'elle-même...je n'ai pas envie de faire de commentaire.
Nous n'avons simplement pas la même vision de l'Europe.
mardi 15 juillet 2008
Dassault, star de l'hyper libéralisme
Dassault, le vrai visage de l'UMP
Vidéo envoyée par dagrouik
Supprimons les syndicats, éradiquons les CDI, interdisons les grèves, obligeons les salariés à dormir sur leur lieu de travail... la droite décomplexée a trouvé son héros : Serge Dassault.
Invité sur iTélé, Serge Dassault, industriel et sénateur UMP, n'a pas parlé la langue de bois...cela sera mon seul compliment.
Voici un petit florilège :
"A quoi sert la grève ? A chaque fois que l'on veut faire quelque chose, il y a grève. les camions y font les escargots, y a qu'à leur donner des contraventions et c'est réglé".
"La grève est un cancer. (...)les syndicats représentent peu de salariés. Ils font grève quand il y a des licenciements nécessaires à l'entreprise ou pour augmenter des salaires quand ce n'est pas possible. La grève politique, la grève de soutien doit être interdite.. c'est scandaleux. On est en anarchie, c'est la rue qui commande. »
« On aurait du supprimer les 35h. On est un pays qui ne travaille pas assez. Regardez les chinois, ils travaillent 45h, ils dorment sur place dans leurs usines et fabriquent de bons produits pas chers"."Les 35h sont le cancer de la France. »
Résumons : pour sortir la France de la crise, il faut traiter les salariés comme des kleenex, supprimer le droit de grève et d'expression, éliminer les fonctionnaires, et privatiser toutes les entreprises publiques.
Monsieur Dassault est bien un digne représentant de l'Hyper libéralisme...
vendredi 11 juillet 2008
Une Europe écolo ?
L'éfficacité énergétique, c'est pour quand ?
Vidéo envoyée par gpfrance
En mars 2007, les chefs des États européens ont décidé d'économiser 20 % de la consommation énergétique de l'UE d’ici 2020. Mais cet objectif d'efficacité énergétique ne pourra pas être atteint s’il ne revêt pas de caractère juridiquement contraignant.
Tout le monde s’accorde pour dire que les mesures incitatives existantes sont inefficaces : l'Europe gaspille aujourd'hui au moins 20 % de son énergie. Industriels du bâtiment, de l'éclairage, de l'électroménager ou encore de l'automobile ne contribueront à la réalisation des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre que s'ils sont suffisamment contraints et responsabilisés. Les experts du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) confirment que «la majorité des accords [volontaires] n'a pas conduit à des réductions significatives des émissions au-delà de celles correspondant à la poursuite des activités en cours ».
Par conséquent, il est indispensable que l'Europe rende contraignant l'objectif de 20 % d'économies d'énergie d'ici 2020. Ainsi, l'ensemble des textes traitant des économies d'énergie devra être révisé et renforcé. La France peut jouer un rôle majeur en ce sens : durant sa présidence de l'Union européenne Nicolas Sarkozy doit mettre à l'agenda européen une proposition sur le caractère contraignant des 20 % de réduction de la consommation d'énergie.
dimanche 6 juillet 2008
jeudi 3 juillet 2008
Le Berlusconi Bis : Sarkozy

Nicolas Sarkozy a décidé de fragiliser, volontairement "ou non", la télévision publique en supprimant la publicité. Vivre sans pub...le rêve, pendant qu'on y est je lui propose de vivre dans une société non-capitaliste. Monsieur Sarkozy doit aller au bout de sa logique...
Ce qui est reproché au Président c'est l'inexistance d'un plan financier viable permettant à ce service public de continuer un bon travail. Patrick de Carolis, président de France Télévision, a d'ailleurs précisé, je cite : "Je ne porterai pas un projet sous-financé".
La cerise sur le gâteau, c'est la nomination par l'executif gouvernemental du patron de France Télévision. Ce service public n'est pas un service public lambda, c'est un média. L'indépendance de France Télévision est gravement remise en cause.
Retour de l'ORTF, propagande d'Etat ? A l'heure où le gouvernement lance une campagne de publicité pour défendre sa politique (pour 4,33 millions d'euros, ce qui n'est pas négligeable), cela me fait craindre le pire...
Sarkozy n'aura bientôt plus rien à envier à Berlusconi...
Noël Mamère et le NPA
Noël Mamère, député-maire Verts de Bègles, nous donne son point de vue sur le Nouveau Parti Anticapitaliste. 22 juin 2008.
Depuis quelques années, je participe à nombre de combats avec les militants et responsables de la LCR. J’ai le plus grand respect pour leurs convictions, la continuité de leur action, leur droiture et leur honnêteté. Je ne croise pas les militants de la LCR dans les salons mais au cœur des combats des sans papiers, de la jeunesse, des antinucléaires, des luttes sociales. Ils tranchent de ce point de vue avec tous les petits marquis de la social-démocratie qui ne voient la gauche que comme une antichambre de leur ego, souvent démesuré, et de leur arrivisme.
Pour autant, mes divergences avec la Ligue sont bien connues et ne disparaîtront pas, bien au contraire, avec la création de ce nouveau parti qui devrait surgir au mois de janvier 2008 sur les cendres de la LCR. Je n’en serai pas. Cela n’étonnera personne mais, il me semble important de préciser ici la nature des divergences qui fondent ce refus. Au-delà du tintamarre médiatique qui l’entoure, on aurait tort de railler la constitution du Nouveau Parti Anticapitaliste. Ce n’est pas une simple opération de ravalement de la LCR mais bien un vrai projet politique dont la gauche toute entière doit examiner les fondements. Son succès d’estime dans la mouvance de la gauche de la gauche, révèle plus l’incapacité de la gauche de gouvernement à proposer une vision, un programme et un leadership qui réponde aux nécessités de l’époque, que l’émergence d’un nouvel espace politique se réclamant d’une rupture révolutionnaire. Dans la mesure où la gauche est orpheline d’un projet politique, la Ligue lui propose un projet de substitution dont elle évacue la difficulté principale : la question de la majorité politique, donc, des alliances. Une manière habile de contourner la politique par l’idéologie.
Première divergence fondatrice : la question de la révolution, précisément. La tradition révolutionnaire demande un moment précis où la question de la prise du pouvoir est posée, à travers un affrontement entre deux blocs. La prise du Palais d’hiver est le concentré chimique de ce moment fondateur. Lorsqu’Alain Krivine et Henri Weber décrivent Mai 68 comme une répétition générale, ils font référence à une révolution inachevée, celle de 1905 qui prépara et précéda, sur les plans idéologique, politique et militaire, celle d’Octobre 1917. Même s’il cherche à donner un coup de jeune au vieil édifice, Olivier Besancenot ne dit pas comment il rompt avec ce modèle quasi centenaire, issu de la révolution industrielle où une armée ouvrière cherche à l’emporter dans une bataille décisive face à une armée bourgeoise qu’il s’agit de démanteler. Il ne le dit pas parce que, au fond, il n’a pas de réponse à cette question.
Le NPA est prisonnier du mythe romantique de ses origines lointaines qui s’apparente souvent à un coup d’État, ou, formule plus adaptée à la France, à une grève générale désorganisant la machine de l’État central pour le briser. Outre les dangers de dérives bureaucratiques bien connues, à travers l’opposition entre "démocratie bourgeoise formelle" et démocratie directe, cette vaine quête du moment décisif n’est plus opératoire dans des sociétés développées comme les nôtres. Comme l’avait bien vu Trotsky lui-même, sans formuler de réponse à ce questionnement, la révolution ne peut être faite dans un seul pays. C’était déjà vrai, en 1917. Ainsi, à l’heure où les économies sont interdépendantes, toute rupture doit être pensée comme une séquence dans un moment long : la transformation d’un mode de développement. La révolution sera lente ou ne sera pas. Elle passe donc par une combinaison entre le changement des mentalités, la transformation des politiques publiques, à tous les niveaux et par une impulsion au niveau de l’appareil d’État, avec une variable qui consiste à trouver la dimension pertinente.
Le rôle des États - Nation devenant secondaire, c’est à une échelle régionale, l’Europe, qu’il convient de penser la transformation sociale et écologique, dans son articulation avec des mouvements sociaux, voire des ensembles d’États à l’échelle planétaire. C’est d’ailleurs sur cette question des rythmes et des objectifs que les camarades d’Olivier Besancenot se sont divisés au Brésil. Certains décidant de continuer l’expérience entreprise par Lula et le Parti des Travailleurs, les autres revenant à leurs pré-acquis. C’est à partir de cette expérience qu’a été initié le grand tournant vers le NPA et que s’est construit le refus de la stratégie du Front Unique avec les réformistes. Dès lors, le recours systématique aux mots et au mythe de la Révolution fonctionne comme une stratégie de l’émotion et de "l’illusion politique" au sens que lui donne Ellul. Pour la LCR, confrontée comme l’ensemble de la gauche à une impasse stratégique - la redéfinition d’une orientation de gauche à l’époque de la globalisation - la "révolution" devient un produit de consommation comme un autre.
La deuxième divergence, c’est celle de l’anticapitalisme. On peut être d’accord sur cette idée mais, au-delà du slogan "anti", que représente-t-elle en terme de proposition "pro" : Un refus total de l’économie de marché ? Une collectivisation généralisée, une économie mixte, un projet autogestionnaire ? Il est vrai qu’il y a là matière à débat, mais le recours au slogan permet d’éviter le questionnement sur le contenu même du mode de développement. Même si Olivier Besancenot et ses amis ne reprennent pas les vieilles antiennes staliniennes sur le nucléaire, le productivisme, le scientisme, ils sont prisonniers d’un modèle de croissance qui renvoie à une conception du matérialisme historique qui se définissait linéairement. Par son avancée inéluctable, le progrès était censé nous libérer. Je sais que la lecture critique de la Ligue sur cette question tente des percées vers ce qu’elle nomme "l’éco-socialisme", sorte de juxtaposition entre l’écologie politique et le socialisme. La question n’est pas seulement paradigmatique. Dans l’histoire de l’humanité, l’écologie politique ne succède pas au républicanisme et au socialisme. Elle a d’autres racines que le travail humain et l’extorsion de la plus-value par le Capital ; elle s’appuie sur la prise en compte des éco-systèmes, sur des valeurs comme l’autonomie, la durabilité, la réconciliation entre la nature et la société… Je ne vois nulle part dans le NPA, l’émergence de ces préoccupations.
Sur le fond, il y a là un problème de culture politique commune de la gauche. Quelque part, le NPA fait partie de "l’album de familles" dont parlait Rossana Rossanda, qui rassemble la gauche, des socialistes aux communistes, autour de la croyance du développement des forces productives. À l’époque de la globalisation, elles sont devenues des forces destructrices. La communion dans l’anticapitalisme ne peut donc suffire à bâtir une alternative globale. Là encore, depuis la faillite du socialisme réel, le projet de société alternative n’est plus évident à gauche. Cacher cette impasse sous un "label de qualité", fut – il anticapitaliste, est un peu court.
Il y a donc bien deux gauches, comme le dit la LCR, mais pas au sens où elle l’entend. La gauche écologiste est en rupture totale avec la gauche productiviste. Les "décroissants", intéressés par le discours radical de la Ligue, seront confrontés à cette contradiction.
Troisième divergence : La LCR relookée construit le NPA comme le parti des oxymores. C’est un parti libertaire et Guévariste. Comme il faut plaire aux milliers de jeunes qui se sont reconnus dans la campagne présidentielle d’Olivier, le nouveau Parti tente une impossible synthèse entre la culture libertaire, issue de l’anarcho-syndicalisme, du proudhonisme et des mouvements issus de Mai 68, et la conception foquiste de l’icône du Che. Guevara était certainement un militant courageux qui défendit ses idées jusqu’à en mourir. Il n’en avait pas moins une vision autoritaire et quasiment mystique du rôle de l’avant-garde armée libérant le peuple. Où sont la cohérence et le lien avec la situation de l’Europe du XXIème siècle prise dans les tourments de la mondialisation libérale ? À part une référence quelque peu démagogique à une figure christique, nous sommes loin des nécessités de la construction d’une formation politique confrontée aux défis de notre temps. Cette contradiction n’est pas mineure. Je suis pour l’existence des partis mais ils doivent rompre avec le centralisme démocratique qui a fait les beaux jours du léninisme et du stalinisme. Le peuple est représenté par le parti qui est lui-même représenté par le comité central, le bureau politique et, en haut, son secrétaire général. À l’heure d’Internet, des réseaux d’échange de savoir et du téléphone mobile, cette manière est non seulement obsolète mais révèle autre chose : Une croyance dans l’illusion de la vérité de la part d’une élite dirigeante qui, par consensus en son sein, propose une « ligne » qui doit rallier la majorité du parti. Elle est antagonique avec la face libertaire de la pièce jouée par le NPA.
L’autre oxymore se niche dans la théorie du parti des "héros anonymes", tiré par la notoriété du facteur de Neuilly. Ici, la Ligue est prise dans ses propres contradictions après avoir construit un personnage médiatique qui dépasse l’organisation. Cette organisation a une histoire et des militants qui l’ont construite. Mais cette histoire et ces militants ne correspondent plus au format exigé non par "la nouvelle phase politique", comme voudraient nous le faire croire les dirigeants de la LCR, mais aux nécessités de la société médiatique. Un peu comme Ségolène et le nouveau PS des fans à vingt euros, la LCR se soumet à des lois que je connais intimement, pour les avoir subies et pratiquées dans mon métier de journaliste de l’audiovisuel.
La télévision a des règles exigeantes. Il faut fournir le casting, le contenu et le mode d’emploi, pour être le premier servi. Il faut donc faire correspondre la sociologie militante du nouveau parti à ces exigences. Les nouveaux militants doivent être jeunes, relativement dépolitisés, révoltés, faire "authentiques". Il se trouve que cela sert les intérêts de la LCR. Dans son cavalier seul face au PS renvoyé à la gauche libérale, elle cherche à faire disparaître toute référence à des cultures politiques issues de traditions différentes (PCF, alternatifs, altermondialistes, Verts…) et à ces milliers de "vieux" cadres politiques engoncés dans leur histoire respective. La Quatrième Internationale construit ce type de parti au Brésil, avec le PSOL, autour de la figure d’Eloisa Helena, en Italie autour de Franco Turraglio, le parlementaire qui a refusé de voter les crédits de guerre en Afghanistan, ou encore au Portugal.
Cette stratégie est en fait profondément pessimiste. Elle est l’expression du repli sur soi d’un courant politique qui estime qu’on ne peut rien changer aux politiques publiques locales, nationales, internationales sans tomber dans la gestion sans fard du capitalisme. Le temps ne serait plus à la transformation sociale ou écologique. Puisque la société dérive à droite, il faut tenir, en organisant son pré carré en attendant des jours meilleurs. Comme si, quarante ans après mai 68, il s’agissait de construire des partis de témoignage qui gèleront un capital de voix de 5 à 10% de l’électorat, en attendant un hypothétique "Grand Soir". Est cela que les chômeurs, les salariés, les paysans, les jeunes attendent de la gauche ?
J’estime pour ma part qu’il existe un espace à gauche, très important, c’est l’espace de ceux qui veulent à la fois une gauche majoritaire, une gauche de gouvernement et une gauche alternative qui ne succombe pas au social libéralisme et à la tentation gestionnaire ; une gauche qui refuse de s’asseoir sur le démantèlement du code du travail, sur les discriminations et sur les aspirations écologiques ; une gauche qui s’assume comme telle et ne cède ni aux sirènes de la globalisation ni à celle du repli sur les certitudes d’antan. Cette gauche ne se réduit pas aux Verts, évidemment. Mais l’écologie, au-delà de l’anticapitalisme, en est la matrice, tout simplement parce qu’elle répond à l’urgence du temps, marqué par la convergence des crises climatique, alimentaire et des ressources naturelles. La LCR, comme le PCF ou le PS, ne pourront en constituer l’ossature s’ils refusent de changer de paradigme.



